9 avril 2026
La Fondation Crédit Agricole du Finistère, premier soutien
Interview avec Françoise Rannou, présidente de la Fondation Crédit Agricole du Finistère
INTERVIEW – AVRIL 2026
La Fondation du Crédit Agricole du Finistère s’engage aux côtés du projet JeSuisAlcoolique.org. À travers cet échange, sa présidente Françoise Rannou partage sa vision, les raisons de cet engagement et le rôle que peut jouer une fondation locale face à des enjeux encore trop souvent tus.
**Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? Ainsi que votre fondation ?**
Je suis Françoise Rannou, 62 ans, agricultrice à Briec depuis plus de 25 ans et engagée de longue date au sein du Crédit Agricole du Finistère. Après plusieurs années comme élue et 17 ans en tant que Présidente de la Caisse locale de Briec, j’ai aujourd’hui l’honneur de présider la Fondation, et ce depuis 2022. C’est une grande fierté d’être à la tête de cet outil mutualiste qui agit concrètement sur l’ensemble du territoire finistérien.
La Fondation repose sur une gouvernance mixte, réunissant élus et experts extérieurs, ce qui enrichit fortement nos prises de décision. Nous nous appuyons également sur une équipe engagée au quotidien : Audrey Brossard, Christine Huguen, Clara Crisp et Françoise Plouhinec, dont le travail est précieux pour instruire les dossiers.
Dotée d’un budget annuel de 400 000 euros, issu notamment du centime d’euro des cartes sociétaires, la Fondation soutient des projets dans des domaines variés : social, éducation, recherche & santé, environnement, culture & patrimoine, et économie.
Elle est placée sous l’égide de la Fondation de France et développe des partenariats structurants, notamment avec la Fondation du Patrimoine.
**Quelle est aujourd’hui votre vision du rôle d’une fondation locale face aux enjeux sociaux et humains ?**
Une fondation locale a un rôle essentiel : celui d’agir au plus près des besoins du territoire. Nous intervenons souvent là où certains projets ne pourraient pas voir le jour sans un premier soutien.
Au-delà de l’aide financière, nous cherchons à jouer un rôle fédérateur en incitant les porteurs de projets à mobiliser d’autres partenaires. La complémentarité des financements est un levier clé pour amplifier l’impact.
Nous sommes particulièrement attentifs aux enjeux sociaux, notamment en matière d’accès aux soins ou de mobilité. Dans des territoires ruraux, ces problématiques sont très concrètes, et notre rôle est d’y apporter des réponses pragmatiques.
A titre d’exemple, nous avons récemment soutenu le projet du Médicobus, porté par la Fondation Ildys. Il s’agit d’un cabinet médical itinérant qui va directement à la rencontre des habitants des zones rurales autour du territoire d’Huelgoat, pour leur redonner accès à des soins de proximité, là où l’offre médicale est insuffisante. On y compte plus de 600 personnes sans médecin traitant, et encore plus lorsque l’on inclut les personnes n’ayant pas consulté de médecin depuis plus de 12 mois.
**Quand vous étudiez un dossier, qu’est-ce qui fait la différence ? Quels sont les critères décisifs ?**
Plusieurs critères guident nos décisions. Nous regardons d’abord l’impact du projet : le nombre de bénéficiaires et le public visé. La dimension territoriale est également déterminante, notamment dans les zones rurales ou dans les territoires les plus isolés. Nous sommes aussi sensibles à la capacité du projet à fédérer et à mobiliser autour de lui. Enfin, l’adhésion du comité à la cause défendue reste importante : il faut que le projet fasse sens collectivement.
**L’alcoolisme reste un sujet sensible et souvent tabou. Pourquoi vous a-t-il paru important**
**de vous engager sur cette thématique ?**
Justement parce que c’est un sujet encore tabou. Ne pas en parler, c’est prendre le risque de laisser la situation s’installer durablement. Nous pensons qu’il est essentiel de mettre des mots sur cette maladie pour mieux la comprendre, la prévenir et accompagner les personnes concernées. En contribuant à rendre le sujet visible, nous participons aussi à faire évoluer les regards.
**Qu’est-ce qui, dans l’approche du projet JeSuisAlcoolique.org, a particulièrement retenu**
**votre attention ?**
C’est avant tout la richesse de l’approche globale qui nous a convaincus. Le fait d’associer création artistique, recherche scientifique et acteurs de terrain permet de toucher des publics variés.
L’art joue ici un rôle clé : il facilite la compréhension, rend le message plus accessible et contribue à dédramatiser la situation. Cette démarche permet aussi de sortir de l’entre-soi et d’aller à la rencontre du grand public, y compris des proches des personnes concernées.
**Au-delà du soutien financier, comment voyez-vous le rôle de la Fondation dans la**
**dynamique du projet ?**
Nous espérons jouer un rôle d’effet levier. Lorsqu’un projet est soutenu par la Fondation Crédit Agricole du Finistère, cela peut encourager d’autres partenaires à s’y intéresser à leur tour.
C’est aussi une manière pour nous de valoriser des initiatives que nous jugeons pertinentes et utiles pour le territoire, et de contribuer à leur donner plus de visibilité.
**Quel message souhaiteriez-vous adresser aux acteurs du territoire ?**
Il est essentiel de continuer à soutenir des initiatives qui agissent au plus près des besoins des populations. Cela suppose aussi de ne pas détourner le regard face à des sujets complexes ou sensibles, mais au contraire de les mettre en lumière pour mieux les comprendre et agir. C’est ainsi que l’on peut, collectivement, contribuer à prévenir certaines situations et accompagner les parcours de vie.
La Fondation Crédit Agricole du Finistère s’inscrit pleinement dans cette dynamique, fidèle à l’histoire et aux valeurs du Crédit Agricole : être utile au territoire et à celles et ceux qui y vivent.
