24 juin 2026
Le regard de Bernard Romain vice-président de l'association Croix Bleue
Dans le cadre du dispositif JeSuisAlcoolique.org, nous avons recueilli le témoignage de Bernard Romain, responsable de la section Croix Bleue de Valentigney, responsable du groupe Franche-Comté et vice-président du conseil d’administration de la Croix Bleue. À travers son engagement, il partage son regard sur les enjeux actuels de l’alcoolisme, le rôle des associations comme la sienne, et l’importance de briser les tabous pour libérer la parole.
1\. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? Votre rôle ? Ainsi que votre organisation ?
Nous sommes une association d’aide aux personnes en difficulté avec l’alcool et autres addictions. Je suis responsable de la section Croix Bleue de Valentigney, responsable du groupe Franche-Comté et vice-président du conseil d’administration de la Croix Bleue.
2\. Quelle est aujourd’hui votre vision du rôle d’un mouvement comme le vôtre face aux enjeux liés à l’alcoolisme ?
Notre rôle reste de plus en plus complémentaire aux structures professionnelles. L’écoute, le soutien, l’accompagnement, l’entraide et l’information restent la base de nos actions.
3\. Sur le terrain, quelles sont aujourd’hui les réalités que vous observez le plus souvent chez les personnes concernées ?
Nous rencontrons de plus en plus de personnes complètement démunies, sans possibilité de soins en raison du manque de médecins addictologues, du manque de places dans les centres spécialisés et des délais très, voire trop longs. Les familles nous appellent pour prendre leurs proches en charge car elles n’en peuvent plus. Les poly-addictions avec les nouveaux produits ressemblent à un tsunami incontrôlable !
4\. L’alcoolisme reste un sujet sensible et souvent tabou. Pourquoi est-il encore si difficile d’en parler aujourd’hui ?
Peut-être parce que cela touche énormément de familles, et la honte de dire qu’un proche est «alcoolique », voire « poivrot », reste ancrée dans les mémoires comme une tare. C’est également un produit légal, et les pouvoirs publics ne font pas grand-chose contre le lobbying des alcooliers. Avouer que l’on « boit » est très difficile.
5\. Qu’est-ce qui, dans l’approche du projet www.JeSuisAlcoolique.org , a particulièrement retenu votre attention ?
L’idée et le contenu me plaisent beaucoup. Les témoignages et autres scènes sont pertinents.
Le problème que nous rencontrons tous : comment faire passer ce message et comment sensibiliser les personnes qui sont dans le déni. À mon avis, le titre JeSuisAlcoolique.org est un vrai défi pour les personnes concernées : il demande de franchir une première barrière psychologique. Reconnaître son problème avec l’alcool n’est jamais simple, et cliquer sur ce lien peut sembler comme un aveu difficile à faire. Cependant, ce titre a aussi le mérite de parler clairement aux professionnels de santé et aux encadrants, qui pourront accompagner les malades vers cette ressource. L’enjeu reste donc de mobiliser l’entourage ou les soignants pour aider à passer ce cap, car une personne en difficulté n’y accédera pas toujours seule. (C’est bien sûr mon point de vue.)
6\. Selon vous, quel rôle peuvent jouer les artistes et les œuvres culturelles pour aider à libérer la parole sur des sujets aussi sensibles ?
Le rôle des personnes influentes (artistes, médias, vedettes, etc.) sera déterminant pour sensibiliser les malades, les jeunes consommateurs, voire les très jeunes. Nous manquons de capitaines, de meneurs influents, ou surtout d’une volonté politique de la part de nos ministres !
7\. Quel message souhaiteriez-vous adresser aux personnes en difficulté avec l’alcool, ainsi qu’à leurs proches ?
N’ayez pas peur d’en parler.
Tournez-vous vers des associations qui sauront vous écouter, comprendre et soutenir.
Patience, car on y arrive avec de l’aide.
La vie est belle, très belle.
Rends l’impossible à ta portée.
